La grande traversée

La traversée vers les Seychelles :

J ai pris du temps avant de me dire qu’il fallait décrire cette fameuse traversée , redoutée et réputée difficile ; ce doit être parce que ça l est difficile , même très difficile .

Depuis déjà quelques jours, nous sommes arrivés au chantier nautique ou le bateau est sorti de l’eau , posé sur des béquilles ou cales géantes .

Ouf ! À l’heure du rangement et du grand ménage , je peux revenir avec calme sur cette navigation de 5 jours , et 7 h pour faire Nosy Hara à l’île de Desroches dans l’archipel des amirantes .

Comme souvent , nous avions levé l’ancre tôt le matin , d’ailleurs celle ci était coincée dans une patate de corail , histoire de nous mettre la pression dès le départ ! Après plusieurs discussions , voici la voilure prévue pour passer ce fameux cap d’ambre : 3 ris sur la grande voile , la trinquette et un bout de génois, variable selon l’état de la mer .

Dès le début , l’anémomètre affiche un vent etabli entre 15 et 20 noeuds . Avant le cap , la mer était peu formée mais tout a changé à l’approche de celui- ci :

La mer devient courte à cause de la remontée des fonds , la houle s’amplifie . surtout pour remonter plein nord , il faut partir plein est , donc au pré pour changer et subir 90 degrés de vent et de courant !

C’est à partir de la que ça se corse !il faut tenir le temps de s’éloigner du cap d’ambre . Tenir aussi face à la fatigue , la tension , la reprise du mal de mer pour moi ( même le capitaine a eu le mal de mer un peu plus loin alors que ça ne lui étais pas arrivé depuis 30 ans ! Lui il n a pas vomi ). Les rafales sont puissantes , la nuit , tout s’excite au lieu de se calmer . Nous cherchons le repos dès que possible, veillant l’un après l’autre quand la météo le permet ou restant les deux dans le cock-pit pour enrouler ou dérouler le génois en fonction du temps .

Pourtant , malgré la difficulté selon les jours , nous sommes en sécurité . Nous portons les gilets , pas de manœuvre à l avant sur les 4 premiers jours où la voilure correspondait à la météo , avec des pointes bien corsées à l n’approche du passage près des côtes de providence ( les hauts fonds cassent la mer et le roulis accompagné des grosses rafales sont durs à supporter ). Malgré les vents , les orages , la houle et le courant : il faut tenir. Continuer à vivre au minimum ( se laver les dents , se doucher …), manger aussi au minimum car , comme nous sommes au pré , être à l’intérieur du bateau c est une mission quasi insupportable ! , pas moyen de cuisiner .le menu devient nouilles chinoises ou boites de sardines , de foie de morue . Des biscuits et du thé . Quelques bonbons .

Les nuits sont longues , la lune se lève chaque jour un peu plus tard . Les jours sont chauds , souvent trop ensoleillés , ça brûle , ça chauffe , ça poique avec le sel !

Vers l’île d’Alphonse , le vent chute mais la mer reste hachée . Il faut manœuvrer et relâcher des ris . Bien sûr , ça se passe pas terrible cette maudite manœuvre ! La trinquette gêne pour osciller face au vent , le temps qu’Alain modifie la voilure . C est impressionnant le bruit du vent dans les voiles qui faceillent . Il faudra ensuite reprendre des ris plus tard à la tombée de la nuit . Nous sommes épuisés par les changements de météo.et ces fâcheuses prises de ris ! dans les nombreux grains des deux dernières nuits , nous nous cachons sous la capote, et nous abattons par tranche de 10 à vingt degrés en suivant les modifications rapides liées au grain .Que de stress , que de fatigue ! Nous sommes au bout du rouleau . Il faut tenir encore et encore , faire le dos rond . Heureusement notre bateau est fiable , le pilote barre sans relâche ( sans panne aussi , même si il saute souvent sous les orages ) .tout tient le coup alors nous aussi .

Tout au long de ce jours , de ces nuits , nous avons chacun notre tour des moments de faiblesse , c est la qu il faut compter l’un sur l’autre , savoir se remonter le moral . Toujours un œil sur le bateau et sur l’équipier ! À deux , il est difficile de s’organiser avec des quarts . Dès que le bateau s’emballe , il nous faut être les deux d attaque pour la moindre manœuvre . Alors , dès que possible , on dort chacun notre tour . Ou on rêve à voix haute du super restaurant indien où nous irons dès que nous serons à Victoria. Dans les moments où je veille seule , pendant que le capitaine dort , je laisse mon esprit divaguer avec la mer . Je pense à tous les pirates , corsaires , marins et navigateurs qui connaissent ces sensations particulières , cette notion de rêver a tout ce que l on fera une fois à terre .

Et puis au loin , on la voit cette fameuse île où nous allons mettre l’ancre 48 h et nous reposer . Faire la vaisselle et cuisiner . Jusqu au bout le vent sera changeant , mais c est le dimanche dans l’après midi que nous mouillons enfin à Desroches ! 48 h sans descendre parce qu il n est pas possible de poser les pieds au sol sans visa .

Les journées sont meilleures que les deux nuits où , subitement , le mouillage devient rouleur !

Après ces 48 h , il nous faut reprendre la mer vers Mahe , port victoria .

Il nous a fallu presque 48 h pour arriver à la baie de beau vallon ou encore une fois , nous sommes en mode furtifs ( dans visa ) mais le repos s’impose après ces dernières heures particulièrement éprouvantes . Tout était contre nous , nous avancions lentement vers notre but ! Jusqu’à la fin de la navigation , la météo était malicieuse : vents changeants subitement , grains et orages , mer courte ! Tous les éléments pour nous fatiguer ainsi que le bateau . Ça tire pour ces dernières heures , c est vers 13 h le lendemain que nous arrrivons enfin à port victoria. Les formalités d’entrée sont faites facilement et dans une bonne humeur , après le passage des douanes et de la police à bord , nous nous dirigeons vers Éden . Nous y passons 3 ou 4 jours en attente de la place au chantier ou le bateau sera mis au sec !

Quel voyage ! Quelle aventure ! Il faut un peu de temps pour s en remettre physiquement , nous sommes bien crevés, encore remplis par ce périple .

Cette traversée est à l hauteur de sa réputation : épuisante et difficile ! Nous avons eu de la chance de partir pile dans cette petite fenêtre Météo que nous guettions en amont !

Merci mon capitaine de nous avoir ramené sains et saufs .

Merci la météo .

Merci la vie .

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