De plus en plus lent , petite pensée du voyage

Une décroissance enchantée

Souvent , pendant les navigations , j ai cette sensation d’explorer concrètement une décroissance enchantée . Plusieurs paramètres me semblent identiques entre la navigation et le yoga , les deux favorisant une exploration du vide , du lent , de l ‘introspection .

Vivre sur le bateau , avec l’orientation choisie conjointement , est une source de déconnection et de décroissance volontaire . Le superflu disparaît au fil des mois passés à bord .

L’horaire de vie s’accorde avec le soleil , avec la lune , avec le vent .

La nature influe directement sur nos jours , aussi sur nos nuits .

Après plusieurs mois , notre vie est la . Pausee , rythmée par les marées .

Cet isolement de fait ( plus d’internet, pas de téléphone, peu de correspondance. Qu’ il est loin ce temps où les lettres attendaient dans les postes restantes )instaure une autre manière de plonger au présent dans chaque jour qui passe . Lire , écrire , faire la lessive à la main , les corvées du bateau , partir en annexe au village pour le yoga matinal , ou encore cuisiner , jouer de la musique , tout ceci occupe pleinement nos journées sans interférence extérieure . Pas de tv( j avoue : nous regardons parfois un film sur la tablette ) , pas d ‘écran donne une autre sensation de voyage . En fermant les yeux , je pourrai presque me croire au temps des explorateurs du siècle dernier , ceux dont les récits d’aventure nous donne envie de prendre le large !

Jé m’imagine écrivant dans de beaux cahiers , avec quelques croquis .

À chaque escales

Nous avons quelques échanges avec les habitants du village , si il est possible de parler français. Le peu de mots en malgache que je connais sont insuffisants pour une conversation

À chaque mouillage , nous troquons , achetons avec les pêcheurs à s’adaptant à leur offre . Les cadeaux sont très apprécié . Les pirogues passent nous voir à bord selon les marées ,nous avons toujours un moment d’échange après le yoga . Dans chaque village , les gens nous ont accueillis avec bienveillance pour la pratique , sans nous déranger même si de loin , chacun observe , commente . Souvent les enfants refont nos mouvements derrière un arbre ou une pirogue .

Ralentir est un processus en devenir . Lentement , ça bouge nos limites , nos idées, nos valeurs .

Voyager en voilier permet cette richesse de se dire que changer c est avancer , prendre le temps d’expérimenter autre chose que ce que l’on connaît , c est évoluer .

Tranquillement , se débarrasser du superflu pour aller tendrement vers une décroissance enchantée

Melodie solaire à baramamay

Baramamay

Ça fait déjà 4 jours que nous mouillons dans l embouchure d’une rivière , près du village de baramamay . Ce mouillage est fréquenté autant par des boutres ( certains pour de la marchandise , d autres pour les passagers ) et des pirogues que par les bateaux charters ( souvent de gros Katas qui restent une nuit ).

Dès notre arrivée nous avons rencontre Daniel , l’instituteur – il assure la classe avec l’aide d’une ou deux mamans – et Ravola , le responsable du puits et de la minuscule bibliothèque du village ( seule maison en dur ).avec eux , nous visitons les lieux en proposant de jouer Mélodie Solaire et d’animer des ateliers pour les enfants de 8 à 11 ans .

Les enfants courent autour de nous ou veulent nous donner la main . Très peu parlent français . Davila , la petite métisse du village , parle suffisamment pour aider à la traduction lors des ateliers .

Nous demandons si il est possible de faire les pleins d’eaux : le puits a été installé ici grâce à l’association. Ranomamy, ce qui veut dire eau douce . Ce programme d ong vise à fournir l’eau potable dans de nombreux villages de pêcheurs isolés comme celui ci .

La bibliothèque elle a été offerte par une autre association ose , qui vient de la réunion .

Le rdv est pris pour le surlendemain avec les enfants et nos deux traducteurs .

De retour à bord , nous élaborons notre programme qui va aboutir au spectacle après 3 jours d’échange .

Une routine s’instaure : yoga matinal dans la case abandonnée sous les cocotiers , balade dans le village pour acheter selon les jours crêpes locales ou une espèce de gâteau sec , du savon et de la lessive . C est la femme de Daniel qui s’occupe du linge . Retour à bord : cuisine, ménage , musique et couture , sieste et retour à terre pour l’atelier . Les enfants sont au rdv ça crie ça braille ça rit ! Nous avons du mal, malgré l’aide des deux acolytes à garder le groupe sans que les tout petits ne soient pas en plein milieu , il faut aussi traduire , prendre en compte que les enfants n’ont jamais fait aucune activité de ce genre . C est folklo mais ça fonctionne tant bien que mal , tout le monde s’amuse . Le deuxième jour d atelier se déroule sans problèmes , cette fois c est ravola qui nous accompagne car l’instit est parti en boutre dans la nuit pour faire passer l’examen d’entrée au collège à Nosy Be. Les mamans sont assises au loin avec les petits . La sono fait tout son effet !nous stockons une partie du matériel dans la bibliothèque pour le spectacle du lendemain . Tout le monde a bien ri dans le passage rock en roll .

Le jour j , les enfants nous suivent dès le matin , ils sont impatients . La mise en place , devant la maison du chef , se fait avec tout le monde qui regarde tout et la horde d’enfants qui nous suivent pas à pas .

Quand nous sommes prêts , tout le village est là ! Le trombone , l acro Yoga et le passage avec les enfants sont des succès , ça commente , ça rit ! C est un super moment . Nous n avons trouvé personne pour filmer et les pauvres images de la go pro sont de basse qualité . Les enfants sont super contents avec la surprise du cadeau en lampe solaire que nous avions tenu secret . C est le succès .

Ravola et rasta man le pêcheur nous aide à ranger après la représentation . À nouveau la bibliothèque nous sert de lieu de stockage .

Ç est le cœur plein d’émotions que nous regagnons notre bateau bien fatigués mais ravis de cette première à mada . Tant de mois de préparation qui aboutissent enfin .

Le lendemain , nous récupérons notre matériel , Ravola nous offre des choux de Chine de son potager , une maman qui avait 2 fils dans le spectacle nous offre des bananes et du gingembre . Ces cadeaux sont les bienvenus .nous avons apprécié l’ échange .

En tout une vingtaine de lampes ont été offertes au village de Baramamay . Grâce à tous ces amis qui ont soutenu notre projet , les familles auront de la lumière le soir .

Promis nous reviendrons l année prochaine . Il est temps de repartir à bord de notre escargot flottant pour refaire les pleins de bouffe , aussi se reconnecter avec le monde … que du bonheur !

Balade

De mamoka à la baie des russes

Nous avons mis du temps à partir de ce premier mouillage si paisible . Le passage au village et à la cascade où nous avons refait les pleins de quelques bidons , laver tout le linge . Se baigner sous l eau fraîche quel luxe !

Nous rencontrons Daniel , un jeune malgache qui tient une jolie boutique près de la cascade . Sa femme et lui parlent couramment le français , nous lui parlons de revenir en septembre pour jouer Mélodie Solaire . Ce village sans aucune électricité , avec une petite école et une personne relais tel que Daniel est parfait pour nous . Mais nous sommes la depuis bientôt 10 jours , il est temps de bouger : direction mamoka .

En début de parcours , le capitaine est heureux d’utiliser le spy asymétrique qu il doit tester avant de l’acheter d’occasion à la marina ! Par petit temps , c est génial . Même si c était une petite partie de la navigation qui s est terminée au moteur et avec la pêche d’un gros thon banane qui fait la fierté du capitaine ( entre le spy et le thon , une journée de navigation radieuse ) ….

Cette baie est délicieuse,nous croisons des potes avec leur kata , ils vont à la baie des russes . Alain leur donne du thon car il y en a vraiment trop pour nous !

les moustiques agressifs dès le matin ont accéléré le départ . Pour qu un mouillage obtienne un 8 ou 9 sur 10 dans notre qualification perso plusieurs critères doivent être réunis dont celui de pouvoir pratiquer le yoga sans une guerre ouverte avec les moustiques !

Hop direction la baie des russes !

Rien de spécial niveau navigation , la baie des russes est à 2 h environ . Comme souvent, nous décollons tôt le matin , ce qui nous permet de mouiller près du village avant midi .

En fait cette baie est immense. Ce mouillage est le plus fréquenté car il y a un bar tenu par un hollandais , deux ou trois minuscules boutiques , une gargote ou l on peut manger en commandant la veille . C est un joli coin , avec plusieurs pirogues , des maisons plus jolies , des bouts de jardin. Les habitants ont l’habitude de voir débouler des bateaux . La plage est belle , bordée de cocotiers , les collines sont bien vertes avec les ravenalas ( arbre du voyageur ) les bananiers , les manguiers .

La première nuit , nous sommes le seul bateau . La marée découvre pas mal à marée basse . Nous constatons après le yoga que nous avons pied autour de cuba libre 6.

Avant de déjeuner à la gargote , nous longeons la plage. La visite du village est sympathique . En chemin , nous achetons des bananes. Clarita vend du pain sur commande dans sa boutique , elle a aussi des œufs frais , des tomates , des oignons . Nous commandons du pain pour le lendemain après avoir acheter des œufs . Elle propose aussi ses services pour la lessive mais pas le mardi !

Ce village est bien agréable , le repas de riz et poisson au bouillon, avec salade de concombre chez salin est simple mais très bon .

Nous regagnons notre bateau pour la sieste rituelle ! Dans l’après midi plusieurs voiliers viennent mouiller face à la plage . Avec notre dériveur , nous sommes les plus près de la plage. Plusieurs bateaux nous sont connus soit de la marina de cratère soit de celle de Mayotte . Ici aussi, les pirogues viennent vendre des citrons, du poivre ou des mangues vertes .

On pourrait traîner ici des mois ! La spécialité du village est le canard ; ils sont bien dodus et se dandinent le long de la plage !

Les journées filent avec des petits travaux ( les vernis occupent le capitaine pendant que je confectionne des sacs en tissu cousu main ).

Le mora mora est contagieux !ps internet aussi est plus que lent … pas d images avant la ville …

La baie dans la baie

Les merveilles du jour

Au petit matin , nous prenons l annexe pour rejoindre la minuscule plage de cailloux et de vase . La mer est lisse , deux ou trois pirogues glissent plus loin dans la baie . Nous tirons l’annexe hors de l’eau , la marée descend . Les braises d’un feu de camp sont encore rouges. Nous nous installons près de la cabane de branches et feuillages secs . L’ombre des palétuviers est un atout pour notre pratique de yoga . La fumée va chasser les moustiques .

Comme c est bon de pratiquer dans ces lieux insolites.

Nous décalons nos tapis en fonction du soleil et de ce mini lopin défriché par un pêcheur . La nature nous enveloppe . Vert mangrove . Tournes face à la mer , la merveille du jour : très près du bord , un ballet de dauphins. Nous entendons leur souffle puissant , observons leurs sauts , leurs pirouettes avec joie . Ils s’approchent de la plage et repartent vers notre bateau , un par un au bord , à plusieurs au loin . Comme c est beau . La vision des dauphins me procure une joie immense , comme une sensation d’amour universel .

Après la pratique , une baignade rapide nous rafraîchit avant de rejoindre le voilier .

A peine arrivés , nous avons la visite d’une pirogue à rames. C est un couple âgé qui réclame des cigarettes . Peu de français ! Heureusement que je me souviens de quelques mots malgaches . Nous leur demandons si ils ont des fruits ou des crabes . Rien . Nous leur préparons un sac quand même avec de la sauce tomate , une gourde , deux bouteilles vides , une boîte , un briquet , des allumettes et deux cigarettes ! Ils sont super contents . Nous aussi . Peut être vont ils revenir demain avec des bananes .

Pouvoir donner ici est un bonheur . En brousse , dans ces coins reculés ou les villages sont sans lumière , sans magasins , chaque objet est réutilisé plusieurs fois . Le troc , le don sont une vraie valeur . Les sourires et les rires illuminent l’échange .il est à peine 8 h du matin et déjà tant de bonheur, comme ça. Tout simplement !

Départ pour la balada malgache

Départ pour le mode Robinson

Après avoir récupéré les voiles bien remises en état ( et à poste ) , après la pose du caillebotis tout neuf tout beau ( merci encore au pote Bernard et à teddy ) nous avons pris deux trois jours pour refaire les pleins d eau et le ravitaillement. À la marina , nous croisons les amis du bateau Erias , nous célébrons avec Bernard et sa femme yoyo le beau caillebotis , nous profitons des puces marines , des fripes locales pour racheter des petites choses utiles ou des fantaisies comme un jeans impec à 25 Cts … Alain a degote un spy asymétrique d’occasion que nous allons essayer dès que possible. Nous voici prêts pour le départ en mode Robinson avec une bonne autonomie ce qui nous permet d envisager quasi un mois sans revenir en ville ! Si on peut appeler cratère daresalam une ville !

Un beau départ avec un bon petit vent pour sortir du mouillage ! Et puis paf , une mini voie d eau à l arrière du moteur ! De quoi nous rappeler que chaque navigation compte même si c est pour faire 4 ou 5 heures , c est mieux quand tout fonctionne . Sous voile , l eau ne coule plus . Rien de grave , à surveiller , à réparer !

Nos voiles sont bien mieux depuis leur passage à la voilerie !

Pour une fois , la navigation est au portant , les pirogues à voile ou à rames nous croisent au loin .

Nous entrons dans une baie de verdure de la grande côte de mada , bien protégée du vent et de la légère houle . Nous naviguons déjà dans une grande baie , celle ci est une baie dans le baie !

C est très beau , vert majestueux , sauvage , quasi inhabité ! Loin de notre mouillage il y a un minuscule village . Quelques pirogues isolées arrivent à la tombée de la nuit avec la montée de la lune . C est un mouillage de rêve ou le mode robinson ( notre préféré ) prend son ampleur . Au bout du monde . Un paradis vert .

Quel bonheur de voir la lune , de dormir dans un silence compact bercé par le bateau .

Au réveil la baie est lumineuse . Nous troquons du poisson avec deux enfants en pirogue , je donne en cadeau un sac avec des bouteilles vides ( très prisées par les pêcheurs ), du thé , des t shirts , des savons ( ceux des hôtels ) et aussi deux petits billets . Ils repartent tout contents .

Nous profitons de ce calme pour faire un grand ménage et réparer le moteur ( resserré des boulons ) puis un repérage en annexe nous permet de choisir un endroit pour le yoga . C est de la mangrove qui domine mais il y a une petite plage de caillou . L endroit convient très bien , il y a une cabane de pêcheur . Un peu de vase à l arrivée mais ça ira .

Le ciel se couvre vers midi , c est l’effet pleine lune .

Ce mode de vie me paraît être maintenant la vraie vie . Pourtant il est délicat de décrire ces particules de bonheur . La simplicité est une subtilité à traduire en mots .

Le terme indien de santocha ( état de contentement , de sérénité dans la simplicité ) peut s approcher de cette sensation Robinson !

Une synchronicite évidente entre la nature et nous .